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Le feu : la naissance de la matière

Avant même de prendre forme, le verre rencontre le feu.

C’est dans la flamme que la matière commence son voyage. La baguette, jusque là rigide et immobile, entre dans la chaleur. Peu à peu, elle se ramollit, devient malléable, presque vivante. Sous l’effet du feu, elle accepte de changer. Le feu ne détruit pas le verre, il le transforme. C’est peut-être cela qui m’a profondément touchée dans cette matière. Le feu révèle une capacité de transformation qui était déjà là, mais qui ne pouvait pas encore s’exprimer. Il donne au verre la possibilité de se laisser façonner, de prendre une forme nouvelle, de devenir une perle, une création unique.

Mais le feu demande aussi de la présence. Il y a ce que j’imagine avant de commencer, et puis il y a ce que le verre me montre dans la flamme. Parfois, il faut accepter de modifier son geste, de ralentir, de recommencer, de laisser la matière prendre sa propre direction. Il faut observer, sentir, ajuster. Être attentive à ce qui se passe dans la matière plutôt que chercher à lui imposer une forme à tout prix. C’est là que le travail du verre devient pour moi bien plus qu’un geste artisanal. Il devient une rencontre.

Une rencontre entre le feu et la matière, entre la main et le mouvement, entre ce qui est imaginé et ce qui veut naître. Pour moi, c’est déjà une première leçon de l’être. Nous ne sommes jamais complètement définis.

Et peut-être que nous aussi, dans certaines étapes de notre vie, nous avons besoin de traverser notre feu intérieur pour laisser naître une forme nouvelle de nous-même.

Verre et transformation

La transformation : de la matière à la forme

Ce qui me touche dans le processus de transformation, c’est qu’une même baguette de verre peut donner naissance à une multitude de créations. Aucune perle n’est semblable à une autre. Même lorsque je reproduis un modèle, quelque chose sera différent : un mouvement, une couleur, une épaisseur, une façon dont la lumière traverse le verre.

Chaque création est le résultat d’une rencontre entre la matière, le feu, le geste et l’instant. Je compose avec ce qu’elle est, avec ses particularités, ses réactions, ses possibilités. Je crois que nous sommes comme ces perles, nous arrivons dans la vie avec une matière qui nous est propre. Puis, les expériences, les rencontres, les épreuves et le émotions viennent nous façonner. Certaines nous transforment profondément et d’autres laissent une trace plus discrète.

Comme le verre, nous sommes en transformation. Et chaque étape de notre vie peut devenir une nouvelle manière de prendre forme.

Verre, voir au travers

Voir au travers : la lumière et la transparence

Ce que j’aime profondément dans le verre, c’est sa transparence. Le verre, c’est voir au travers !

La lumière entre, traverse, se transforme parfois au contact des couleurs et des formes, puis continue son chemin. Lorsque je regarde une perle de verre transparente, je ne vois pas seulement sa surface, je vois au travers.

Le verre me rappelle qu’il n’est pas toujours nécessaire de chercher à enlever ce qui nous constitue. Il est parfois possible de laisser passer la lumière à travers ce que nous avons vécu. Une transparence ne signifie pas qu’il n’y a rien. Elle signifie que quelque chose peut circuler. C’est peut-être aussi ce que je cherche à travers mes créations. Une matière qui porte une intention, qui capte la lumière et qui peut accompagner celui ou celle qui la reçoit.

Regarder au delà de la forme, au-delà de ce qui est immédiatement visible. Car derrière la matière, derrière nos histoires et derrière les formes que nous avons prises au fil du temps, il y a toujours quelque chose qui cherche à se révéler.

Une lumière qui n’a jamais cessé d’être présente.